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#Covid et #santé #mentale : des liens qui se sont précisés

Le Covid-19 peut être suivi de symptômes neurologiques ou psychologiques : anxiété, troubles de l’humeur ou du sommeil, difficultés de concentration et problèmes de mémoire, par exemple. Ces symptômes ne signifient pas nécessairement qu’un trouble psychiatrique s’est installé. Ils peuvent aussi être liés à la maladie, à ses suites physiques ou au contexte de vie de la personne. Leur origine n’est pas toujours facile à déterminer.

Ce que montrait l’étude d’Oxford

Une étude publiée en 2021 dans the Lancet Psychiatry, a analysé les dossiers médicaux de 236 379 personnes ayant eu le Covid-19. Les chercheurs ont comparé leurs résultats à ceux de deux groupes : 105 579 personnes ayant eu la grippe et 236 038 personnes ayant eu d’autres infections respiratoires.[1]

Dans les six mois suivant le diagnostic de Covid-19, 33,6 % des personnes étudiées ont présenté un problème neurologique ou psychiatrique.

Pour 12,8 %, il s’agissait d’un premier diagnostic de ce type enregistré dans leurs dossiers. Parmi les diagnostics fréquents figuraient les troubles anxieux, les troubles de l’humeur, les troubles liés à l’usage de substances et l’insomnie.

L’étude estimait que le risque de recevoir un diagnostic neurologique ou psychiatrique était 44 % plus élevé qu’après une grippe et 16 % plus élevé qu’après une autre infection respiratoire. Les risques observés variaient selon le diagnostic considéré.

Ces chiffres méritent d’être interprétés avec prudence. Ils décrivent des diagnostics consignés dans des dossiers médicaux, et non la proportion de personnes qui ont nécessairement développé un trouble entièrement nouveau ou qui en ont souffert de façon continue. Un diagnostic enregistré ne renseigne pas, à lui seul, sur son intensité, sa durée ni ses conséquences sur la vie quotidienne.

Le Covid ou le contexte de la crise sanitaire ?

Il est difficile de distinguer la part directement liée à l’infection de celle associée aux conséquences de la pandémie. Isolement, deuil, incertitude, difficultés financières, perturbation des habitudes ou accès réduit aux soins ont pu affecter la santé mentale, y compris chez des personnes qui n’ont pas été infectées.

Comparer les personnes ayant eu le Covid à des personnes ayant eu d’autres infections respiratoires aide à préciser les différences observées. Toutefois, une étude sur dossiers médicaux ne peut pas établir avec certitude que le Covid est la cause d’un trouble. Les groupes peuvent différer par l’âge, les antécédents, la gravité de la maladie ou le recours aux soins, entre autres facteurs.

D’autres travaux ont néanmoins observé un risque accru de problèmes de santé mentale après un Covid-19, y compris chez des personnes qui n’avaient pas été hospitalisées.[2] Là encore, ces résultats indiquent des tendances à l’échelle de groupes. Ils ne permettent pas de prédire le parcours d’une personne donnée.

Le risque dépend-il de la gravité du Covid initial ?

Dans l’étude d’Oxford, les personnes ayant eu une forme grave — notamment celles qui avaient été hospitalisées en soins intensifs — présentaient davantage de diagnostics ultérieurs. Cela peut refléter plusieurs éléments : la sévérité de l’infection, ses conséquences physiques, le séjour à l’hôpital ou d’autres facteurs liés à l’état de santé.

Cependant, des symptômes persistants peuvent aussi concerner des personnes qui ont eu une forme initiale légère. La gravité de l’épisode initial ne permet donc pas, à elle seule, de prédire l’évolution de chacun. L’absence d’hospitalisation ne signifie pas non plus que des difficultés prolongées sont impossibles.

Une étude de suivi sur deux ans a apporté une nuance supplémentaire : dans les données analysées, l’excès de diagnostics de troubles anxieux ou de l’humeur diminuait et n’était plus apparent après environ un à deux mois. Certains autres risques, notamment ceux liés à des troubles cognitifs, neurologiques ou psychotiques, demeuraient élevés plus longtemps.[3] Cela décrit une évolution moyenne dans une population ; cela ne signifie pas que toute anxiété persistante après un Covid est passagère ou sans importance.

Covid long et symptômes psychologiques

L’Organisation mondiale de la santé décrit l’affection post-Covid comme un ensemble de symptômes qui apparaissent habituellement dans les trois mois suivant l’infection, durent au moins deux mois et ne sont pas mieux expliqués par un autre diagnostic.[4] Ils peuvent fluctuer, réapparaître et avoir des effets sur les activités quotidiennes.

Les symptômes rapportés sont variés : fatigue, essoufflement, douleurs, troubles du sommeil, difficultés de concentration ou de mémoire, entre autres. L’anxiété peut coexister avec ces symptômes ou être accentuée par l’incertitude et la perte de capacités. Mais il ne faut pas conclure trop vite que des symptômes physiques sont « seulement » dus à l’anxiété. Palpitations, essoufflement, fatigue intense ou difficultés cognitives peuvent nécessiter une évaluation médicale, notamment pour rechercher d’autres causes ou préciser la prise en charge.[5]

Pour aller plus loin : reconnaître les symptômes anxieux

L’anxiété peut se manifester de différentes façons :

  • des inquiétudes fréquentes ou difficiles à contrôler ;
  • une sensation d’alerte, de tension ou d’irritabilité ;
  • des difficultés à se concentrer ou à prendre des décisions ;
  • un sommeil perturbé ;
  • des palpitations, des tremblements, une respiration rapide ou des troubles digestifs ;
  • l’évitement de certaines activités, par crainte de déclencher ou d’aggraver des symptômes.

Ces manifestations peuvent avoir plusieurs causes et ne suffisent pas, à elles seules, à poser un diagnostic. Si elles persistent, s’intensifient ou gênent le travail, les relations ou les activités habituelles, il est utile d’en parler à un médecin ou à un professionnel de santé mentale.

Quels accompagnements ?

La prise en charge dépend des symptômes, de leur durée, de leur retentissement et de l’état de santé général. Elle peut associer une évaluation médicale, un soutien psychologique et, si nécessaire, d’autres soins. En cas de symptômes post-Covid, il est important que les difficultés physiques et psychologiques soient considérées ensemble.

Les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) peuvent aider à prendre en charge l’anxiété et, avec un protocole adapté, l’insomnie. Elles peuvent notamment aider à repérer les facteurs qui entretiennent les difficultés et à développer des stratégies pour y répondre. Elles ne remplacent toutefois pas l’évaluation médicale des symptômes physiques.

L’hypnose peut être envisagée en complément, selon les besoins et les préférences de la personne. Les données spécifiques sur son efficacité pour traiter le Covid long restent limitées.

Si vous traversez une période difficile, demander de l’aide est une démarche légitime. Un médecin ou un professionnel de santé peut vous écouter, évaluer la situation et vous orienter vers une prise en charge adaptée.

Références

  1. Taquet M, Geddes JR, Husain M, Luciano S, Harrison PJ. “6-month neurological and psychiatric outcomes in 236 379 survivors of COVID-19”. The Lancet Psychiatry. 2021;8(5):416–427. favicondoi.org
  2. Xie Y, Xu E, Al-Aly Z. “Risks of mental health outcomes in people with COVID-19: cohort study”. BMJ. 2022;376:e068993. favicondoi.org
  3. Taquet M, et al. “Neurological and psychiatric risk trajectories after SARS-CoV-2 infection: an analysis of 2-year retrospective cohort studies”. The Lancet Psychiatry. 2022;9(10):815–827. favicondoi.org
  4. Organisation mondiale de la santé. “A clinical case definition of post COVID-19 condition by a Delphi consensus”. 2021. faviconwho.int
  5. NICE. COVID-19 rapid guideline: managing the long-term effects of COVID-19 (NG188). faviconnice.org.uk

Pour aller plus loin : les symptômes anxieux.